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Un trou de ver, solution d'équation ou objet réel ?

Un trou de ver est une solution mathématique des équations de la relativité générale qui relierait deux points éloignés de l'espace-temps par un raccourci. Aucune observation, à ce jour (2026), n'a confirmé son existence physique : il reste un objet théorique, distinct du trou noir observé par les astronomes.

8 min de lecture Découverte mis à jour le 28/09/2026 par

Un trou de ver, solution d'équation ou objet réel ?

À retenir

  • Le trou de ver est une solution mathématique valide des équations d'Einstein.
  • Sa stabilité exigerait une matière exotique à énergie négative, jamais observée à cette échelle.
  • Aucune preuve de traversabilité n'existe à ce jour.

En 1935, Einstein et Rosen publient un article qui relie mathématiquement deux trous noirs par un tunnel dans l'espace-temps, sans jamais employer le mot trou de ver. Depuis, le cinéma en a fait une porte vers d'autres galaxies, alors que la physique n'a jamais observé le moindre pont de ce genre. Nous proposons ici de séparer ce que montre le calcul, ce qu'exige la physique pour le rendre stable, et ce que garde la fiction.

Que désigne exactement l'expression trou de ver en physique ?

Commençons par une mise au point nette. Un trou de ver est une solution mathématique des équations de la relativité générale, pas un objet que l'on aurait observé. Cette solution décrit un pont hypothétique entre deux régions distinctes de l'espace-temps.

Il faut distinguer trois objets que le grand public confond souvent. Le trou noir est une région dont la gravité empêche toute matière et tout rayonnement de s'échapper, comme le rappelle Wikipédia. Le trou blanc en serait l'inverse théorique, une région d'où rien ne pourrait entrer. Le trou de ver, lui, se manifesterait des deux côtés à la fois, comme un trou noir d'un côté et un trou blanc de l'autre.

L'expression est héritée des travaux d'Albert Einstein et de Nathan Rosen, qui ont donné leur nom au pont d'Einstein-Rosen. Vikidia, l'encyclopédie destinée aux jeunes lecteurs, résume la définition ainsi : un endroit de l'espace à partir duquel on pourrait en rejoindre un autre. Wikipédia rejoint cette description en qualifiant le trou de ver d'objet hypothétique.

Retenons l'essentiel avant d'aller plus loin : une équation qui fonctionne sur le papier ne garantit pas un objet réel dans le ciel.

Comment les équations d'Einstein construisent-elles un pont entre deux régions de l'espace-temps ?

En travaillant sur les équations de la relativité générale, Einstein et Rosen ont montré qu'une solution pouvait mathématiquement relier deux feuillets d'espace-temps distincts. Ce résultat reste un exercice de calcul, valide dans son cadre, mais il ne prouve ni qu'un tel pont existe dans l'Univers, ni qu'on pourrait le traverser.

Une solution mathématique et un objet physique ne se confondent pas. Une équation peut admettre plusieurs solutions cohérentes sans qu'aucune ne corresponde à quelque chose de mesurable. C'est exactement la situation du trou de ver : les calculs tiennent, l'observation manque.

Des décennies plus tard, les physiciens Michael Morris et Kip Thorne ont affiné le modèle pour le rendre, en théorie, traversable. On parle depuis de trou de ver de Morris-Thorne. Leur travail introduit la notion de gorge, la section la plus étroite du tunnel hypothétique, dont l'ouverture conditionnerait tout passage.

Cette distinction entre calcul et réalité structure tout le reste de l'article. Garder cette distinction en tête évite de transformer une équation en preuve d'existence, piège fréquent dans la vulgarisation grand public.

Les Trous de ver, par ScienceClic

Que calcule-t-on avec le trou de ver de Morris-Thorne ?

Prenons un exemple chiffré complet, celui du rayon de Schwarzschild, avec la formule R = 2GM / c². La constante de gravitation vaut G ≈ 6,674 × 10⁻¹¹ m³·kg⁻¹·s⁻², la masse du Soleil M ≈ 1,989 × 10³⁰ kg et la vitesse de la lumière c ≈ 3 × 10⁸ m/s.

Le calcul donne 2GM ≈ 2,655 × 10²⁰, puis on divise par c² ≈ 9 × 10¹⁶.

Ce rayon caractérise un trou noir, pas un trou de ver. La gorge d'un trou de ver de Morris-Thorne se définit autrement, à partir de l'aire de sa section la plus étroite. Les deux grandeurs ne se substituent jamais l'une à l'autre.

Pourquoi faudrait-il de la matière exotique pour empêcher un trou de ver de s'effondrer ?

Sans intervention extérieure, la gravité referme la gorge d'un trou de ver plus vite qu'un signal lumineux ne pourrait la traverser. L'image la plus simple à retenir est celle d'un tunnel qui se pince en son milieu avant qu'un rayon de lumière n'ait le temps d'atteindre l'autre bout ; seule une pression négative, opposée à celle de la matière ordinaire, pourrait contrer ce pincement. Les modèles théoriques de Morris et Thorne exigent, pour maintenir la structure ouverte, une matière exotique : une matière à densité d'énergie négative.

Le magazine Epsiloon, dans un article du 21 février 2024, présente le trou de ver comme la nouvelle star de la physique théorique, tout en rappelant que cette matière exotique n'a jamais été observée à l'échelle nécessaire pour stabiliser un tunnel spatio-temporel. Le Centre national d'études spatiales tient le même discours de prudence à propos des objets compacts liés aux trous noirs et à leurs cousins hypothétiques.

Québec Science rappelle que ces tunnels théoriques permettraient en principe de voyager en un éclair entre deux points de l'Univers, mais que leur existence n'a jamais été démontrée. Reddit, sur son forum consacré à l'espace, résume bien le consensus : un trou de ver reste complètement hypothétique et nécessiterait une énergie négative sans équivalent macroscopique connu.

Que change une densité d'énergie négative dans l'équation ?

Sans jargon tensoriel : les équations de la relativité générale reposent d'ordinaire sur des conditions d'énergie qui imposent une densité positive ou nulle. Une densité d'énergie négative viole ces conditions habituelles, ce qui explique pourquoi elle reste si difficile à produire ou à observer.

Radio France a rendu compte d'une expérience où un ordinateur quantique a reproduit certaines propriétés associées à un trou de ver, sans créer le moindre espace-temps réel. Il s'agit d'une simulation numérique, pas d'un objet physique : la distinction compte, car les titres médiatiques ont souvent gommé cette nuance.

Pour la Science pose la même question depuis des années : peut-on voyager d'un point de l'Univers à un autre en passant par un tel tunnel ? Dans un article du 8 novembre 2017 déjà, la réponse restait négative, faute de matière exotique disponible.

Pourquoi aucun télescope n'a-t-il jamais observé de trou de ver ?

Pourquoi aucun télescope n'a-t-il jamais observé de trou de ver ?

Les télescopes ont bel et bien détecté des trous noirs, par leurs effets gravitationnels sur les étoiles voisines et par l'image de leur ombre. Aucun signal, aucune image et aucune donnée, en revanche, n'a jamais correspondu à un trou de ver.

Le magazine GEO rappelle que les trous de ver ne mèneraient nulle part au sens où le raconte la science-fiction, mais pourraient jouer un rôle théorique encore mal cerné dans la physique des trous noirs. Science et Vie, de son côté, évoque les obstacles qu'il faudrait encore franchir avant d'envisager une simple mission spatiale vers un trou noir, un objet pourtant bien réel, ce qui donne une idée de la distance qui sépare la recherche d'un trou de ver observable.

Les données recueillies par les grands observatoires portent sur la lumière déviée, les étoiles en orbite serrée ou les ondes gravitationnelles émises lors de fusions, jamais sur un signal qui traverserait un tunnel spatio-temporel. L'absence d'observation ne prouve pas l'impossibilité du phénomène ; elle signale seulement qu'aucune preuve positive n'existe à ce jour.

Piège fréquent

Ne confondez pas l'image d'un trou noir, bien réelle, avec un trou de ver, jamais observé. Le premier existe et a été photographié ; le second demeure une hypothèse mathématique.

Avec quoi confond-on souvent un trou de ver ?

L'erreur la plus fréquente consiste à présenter une image ou une simulation de trou noir comme la preuve d'un trou de ver, ou inversement à croire qu'un trou noir mènerait quelque part.

Or un trou noir empêche par définition toute sortie de matière ou de rayonnement, ce que rappelle Wikipédia. Cette propriété contredit directement l'idée même d'une traversée : ce qui entre dans un trou noir n'en ressort pas, alors qu'un trou de ver supposerait un passage dans les deux sens.

Vikidia insiste sur ce point pour un public jeune : le trou de ver reste un objet distinct, défini par sa fonction de passage, et non par l'attraction qui caractérise le trou noir.

Que reste-t-il du trou de ver une fois sorti des films de science-fiction ?

Trois niveaux méritent d'être distingués systématiquement, chacun avec son propre statut de vérité.

  1. Le résultat mathématique. Une solution des équations d'Einstein, établie par Einstein et Rosen, relie deux régions de l'espace-temps sur le papier. Ce niveau est solide : le calcul tient.
  2. L'hypothèse physique. Pour que cette solution corresponde à un objet réel et traversable, il faudrait de la matière exotique à énergie négative, que personne n'a observée à l'échelle requise. Ce niveau reste spéculatif.
  3. Le scénario de fiction. Interstellar, sorti en 2014 sous la direction de Christopher Nolan, met en scène un trou de ver traversable avec l'aide du physicien Kip Thorne comme conseiller scientifique. Le film assume des libertés visuelles non physiques, notamment sur la traversée elle-même.

Kip Thorne a apporté une rigueur réelle aux images du trou noir Gargantua, mais le scénario reste une œuvre de fiction, pas une démonstration. Confondre les trois niveaux, c'est prendre une image de cinéma pour une preuve scientifique.

La vulgarisation sérieuse consiste précisément à nommer, à chaque phrase, à quel niveau on se situe : calcul, hypothèse ou fiction. C'est cette discipline qui distingue un article rigoureux d'un simple résumé de film.

Questions fréquentes

Un trou de ver permettrait-il de dépasser la vitesse de la lumière ?

Non : un trou de ver ne violerait pas la limite de vitesse locale, il raccourcirait seulement le trajet géométrique entre deux points, un mécanisme resté hypothétique et jamais démontré.

Pourquoi un trou de ver s'effondrerait-il sans matière exotique ?

La gravité referme la gorge du trou de ver plus vite qu'un signal ne peut la parcourir, sauf si une densité d'énergie négative la maintient ouverte, ce que rien n'a confirmé à grande échelle en 2026.

Le trou de ver simulé en 2022 par un ordinateur quantique était-il un vrai trou de ver ?

Non : selon Radio France (10 décembre 2022), un ordinateur quantique a reproduit numériquement certaines propriétés théoriques d'un trou de ver, sans créer d'espace-temps réel.

Un trou de ver pourrait-il relier deux époques différentes ?

Certains modèles mathématiques l'autorisent en théorie, mais aucune preuve n'établit qu'un tel objet existe ni qu'il resterait assez stable pour permettre un passage.

Pourquoi parle-t-on de « trou de ver » ?

Le nom vient de l'image d'un ver qui creuse un tunnel raccourci à travers une pomme plutôt que de longer sa surface. En physique, il désigne un pont hypothétique entre deux régions de l'espace-temps, aussi appelé pont d'Einstein-Rosen.

Les trous de ver existent-ils réellement ?

Non, pas de façon confirmée. Le trou de ver reste une solution mathématique des équations d'Einstein. Sa stabilité exigerait une matière exotique à énergie négative jamais observée à cette échelle, et aucun télescope n'a détecté de signal correspondant à ce jour.

Quelle est la différence entre un trou noir et un trou de ver ?

Le trou noir est un objet réel, détecté par ses effets gravitationnels ; sa gravité empêche toute sortie de matière ou de rayonnement. Le trou de ver reste hypothétique et supposerait, à l'inverse, un passage possible entre deux régions distinctes de l'espace-temps.

Comment se forme un trou blanc ?

Aucun mécanisme de formation n'est connu. Le trou blanc reste une solution théorique symétrique du trou noir, d'où rien ne pourrait entrer alors que la matière pourrait en sortir. Wikipédia le présente comme l'autre extrémité possible d'un trou de ver, jamais observée.

Qui a conçu le trou de ver du film Interstellar ?

Le physicien Kip Thorne a servi de conseiller scientifique pour Interstellar, sorti en 2014 sous la direction de Christopher Nolan. Ses calculs ont notamment inspiré la visualisation du trou noir Gargantua, même si le scénario garde des libertés propres à la fiction. Retenons trois distinctions : le pont d'Einstein-Rosen est un résultat d'équation, la matière exotique à énergie négative reste une exigence théorique jamais produite en laboratoire, et le trou de ver traversable d'Interstellar appartient au scénario, pas à l'observation. Face à une affirmation spectaculaire sur les trous de ver, demandons toujours si elle décrit un calcul, une hypothèse ou une image de film, avant de la reprendre comme un fait établi.

Sources

  • Albert Einstein et Nathan Rosen, The Particle Problem in the General Theory of Relativity, Physical Review, 1935.
  • Centre national de la recherche scientifique, Institut national des sciences de l'Univers, ressources sur la relativité générale. insu.cnrs.fr
  • Observatoire de Paris - PSL, ressources sur la gravitation et les objets compacts. observatoiredeparis.psl.eu

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