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Refaire le calcul d'Ératosthène sur la circonférence de la Terre
La valeur actuelle, mesurée par satellite, est de 40 075 km à l'équateur et 40 008 km par les pôles.
La sélection naturelle est le tri, génération après génération, des variations héréditaires déjà présentes dans une population : les individus les mieux adaptés à leur milieu laissent en moyenne plus de descendants.
Ce basculement ne doit rien au hasard ni à une adaptation individuelle : il illustre un mécanisme précis, que beaucoup de manuels résument trop vite. Nous proposons ici de le décortiquer avec les chiffres et les pièges qu'il cache.
La sélection naturelle est le tri, génération après génération, des variations héréditaires déjà présentes dans une population. Les individus dont les caractéristiques favorisent la survie et la reproduction laissent, en moyenne, plus de descendants que les autres. Rien de plus, rien de moins.
Depuis, trois contresens reviennent sans cesse, aussi bien dans les copies d'élèves que dans des articles de vulgarisation pressés.
Premier contresens : la sélection ne fait apparaître aucune variation nouvelle à la demande. Elle trie ce qui existe déjà dans la population, rien de plus.
Deuxième contresens : un individu ne s'adapte pas au cours de sa propre vie. Seule sa descendance peut hériter d'un avantage, à condition que cet avantage soit transmissible génétiquement.
Troisième contresens : être « le plus apte » ne signifie pas être le plus grand ou le plus musclé. Cela signifie laisser le plus de descendants fertiles. Un individu chétif mais très fécond est, au sens darwinien, plus apte qu'un colosse stérile.
Trois conditions doivent être réunies en même temps pour que la sélection naturelle opère sur une population. Si l'une des trois manque, rien ne se sélectionne, quel que soit l'avantage apparent d'un individu isolé.
Ces trois conditions relèvent de la génétique des populations : c'est elle qui permet de suivre, d'une génération à l'autre, comment la fréquence d'une variante génétique augmente ou diminue dans un groupe d'individus.
À retenir : variation, hérédité, différentiel de reproduction. Ce sont les trois points décisifs de tout raisonnement sur la sélection naturelle. Sans transmission héréditaire, une variation, même très avantageuse dans l'instant, ne sera jamais sélectionnée au sens darwinien du terme.
Prenons un bronzage d'été ou une masse musculaire développée à l'entraînement. Ces caractères avantagent parfois l'individu qui les porte, mais ils s'effacent avec lui : ils ne sont pas inscrits dans son patrimoine génétique et ne se transmettent donc pas à sa descendance.
Sans hérédité, la troisième condition, le différentiel de reproduction, ne sert à rien : la variation disparaît à chaque génération et ne s'accumule jamais dans la population. C'est exactement le contresens qui fait croire qu'un individu « s'adapte » de son vivant. En réalité, seule une variation héréditaire préexistante peut être triée par la sélection naturelle, génération après génération.
Le cas du papillon Biston betularia, la phalène du bouleau, est l'un des exemples les plus documentés de sélection naturelle observée sur le terrain, près de Manchester, au Royaume-Uni.
Avant l'industrialisation, la forme claire du papillon domine largement : posée sur les troncs couverts de lichens clairs, elle est presque invisible aux oiseaux prédateurs. Une forme sombre, plus rare, existe déjà dans la population à faible fréquence, portée par une mutation ancienne.
La combustion massive de charbon noircit ensuite les troncs de suie et tue les lichens. Le décor change, pas les papillons. La forme claire devient soudain repérable, la forme sombre se fond dans les troncs noircis.
Piège fréquent : croire que la pollution « crée » la mutation sombre. C'est faux. La mutation existait déjà avant l'industrialisation, à très faible fréquence. La pollution n'a rien inventé : elle a changé la pression de prédation, et la sélection naturelle a fait le reste en modifiant la proportion des deux formes déjà présentes.
Le calcul est simple : 88 ÷ 47 ≈ 1,9 point de pourcentage par an en moyenne.
La phalène du bouleau ne produit qu'une génération par an. Un gain moyen de 1,9 point par an peut sembler modeste, mais il se cumule vite : sur cette période, la proportion de forme sombre a pratiquement doublé tous les 5 à 6 ans. C'est une vitesse de sélection élevée, obtenue simplement parce que la pression de prédation était forte et constante d'une génération à l'autre.

Le mécanisme est le même que pour la phalène, à une échelle de temps totalement différente. Prenons le cas du Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), une bactérie régulièrement citée par l'Organisation mondiale de la santé parmi les menaces de résistance aux antimicrobiens.
Dans une population bactérienne exposée à un antibiotique, une minorité d'individus porte déjà, avant tout traitement, une mutation qui les rend résistants. L'antibiotique élimine la grande majorité des bactéries sensibles. Les rares porteuses de la mutation survivent et se multiplient sans concurrence pour les ressources : leur proportion augmente donc à chaque génération.
Ce phénomène explique pourquoi un usage répété et mal ajusté des antibiotiques accélère la sélection des souches résistantes, en milieu hospitalier comme en élevage.
Piège fréquent : dire que « l'antibiotique rend la bactérie résistante ». C'est inexact. La mutation de résistance préexiste à l'exposition au médicament. Le traitement ne fait que sélectionner les bactéries déjà porteuses, exactement comme la pollution industrielle sélectionnait la phalène déjà sombre. Le lien entre usage des antibiotiques et progression des résistances n'est donc pas une simple corrélation : c'est un mécanisme de sélection naturelle direct et documenté.
Dans des conditions favorables, une bactérie se divise environ toutes les 20 minutes, soit 3 générations par heure.
En 24 heures, soit environ 72 générations bactériennes (24 × 3), ces survivantes peuvent reconstituer une population presque entièrement résistante, faute de concurrence des bactéries sensibles disparues. Ce calcul, purement illustratif, montre pourquoi une résistance bactérienne se sélectionne en quelques jours là où l'évolution d'un papillon se compte en décennies : le facteur déterminant est le nombre de générations, pas le temps écoulé en soi.
Ces trois mécanismes façonnent l'évolution des populations, mais ils obéissent à des logiques différentes. Le tableau suivant résume l'essentiel.
| Mécanisme | Moteur | Dépendance à la taille de la population | Exemple |
|---|---|---|---|
| Sélection naturelle | Avantage de survie ou de reproduction | Faible : agit même dans les grandes populations | Phalène du bouleau, résistance bactérienne |
| Dérive génétique | Hasard de l'échantillonnage des générations | Forte : effet marqué surtout dans les petites populations | Effet fondateur dans une population isolée |
| Sélection sexuelle | Succès d'accouplement, pas seulement de survie | Faible | Ornements et parades chez de nombreuses espèces |
La différence la plus utile à retenir concerne la dérive génétique : elle peut fixer un caractère neutre, voire légèrement défavorable, dans une petite population, simplement parce que le hasard a favorisé les porteurs de ce caractère au moment de la reproduction. La sélection naturelle, elle, ne fixe un caractère que s'il procure un avantage réel de survie ou de reproduction.
La sélection sexuelle, enfin, fait partie au sens large de la sélection naturelle, mais elle peut favoriser des caractères coûteux pour la survie s'ils augmentent nettement le succès d'accouplement. Ces trois mécanismes coexistent presque toujours au sein d'une même population, sans s'exclure les uns les autres.
Retenez ces trois points : la sélection agit sur des variations déjà là, elle ne vise aucun but, et l'individu ne change pas de son vivant. Seule sa descendance hérite d'un avantage éventuel. Face à un exemple concret, comme la phalène du bouleau ou une bactérie résistante, posez-vous la même question : quelle variation existait avant la pression, et combien de descendants a-t-elle permis de laisser ?
Non. Elle favorise statistiquement les variations qui augmentent le succès reproductif dans un environnement donné, sans intention ni direction fixée à l'avance.
Non. La sélection naturelle agit sur les générations successives d'une population, pas sur un individu pendant sa vie ; une acclimatation physiologique ne se transmet pas génétiquement.
Non. Le plus apte est celui qui laisse le plus de descendants fertiles, pas nécessairement le plus grand, le plus rapide ou le plus musclé.
Non. La dérive génétique modifie les fréquences génétiques par hasard, indépendamment de tout avantage reproductif, alors que la sélection naturelle trie les variations selon leur effet sur la survie et la reproduction.
C'est le tri, génération après génération, des variations héréditaires déjà présentes dans une population : les individus les mieux adaptés à leur milieu laissent en moyenne plus de descendants. Cette définition rejoint celle des programmes de SVT et des dictionnaires généralistes.
La sélection s'exerce sur les caractères portés par des individus, mais ce sont les fréquences des gènes correspondants qui varient dans la population au fil des générations. L'espèce, elle, n'est pas directement sélectionnée : elle change en conséquence de ce tri.
La dérive génétique est une variation des fréquences génétiques due au seul hasard de la reproduction, indépendamment de tout avantage. Son effet est d'autant plus fort que la population est petite, par exemple après un effet fondateur.
La sélection naturelle trie les variations selon leur effet réel sur la survie et la reproduction. La dérive génétique agit par hasard pur et peut fixer un caractère neutre, voire défavorable, surtout dans les petites populations.
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